Elise Noiraud met l’enfance sur les planches

La banane américaine, drôle de nom pour un one woman show. C’est pourtant le nom qu’a choisi Elise Noiraud, en souvenir de ce petit sac porté à la taille, aujourd’hui kitchouille à souhait mais furieusement en vogue il y a une vingtaine d’années. La couleur est annoncée : un spectacle tordant mettant en scène l’enfance d’une gamine entourée d’une famille désaxée, de ses copains d’école, de sa super maîtresse et tutti quanti, sur un arrière fond de village du Poitou-Charentes.

//Infos persos :

Nom : Elise Noiraud
Age : 29ans
Etudes : Master 2 « Etudes théâtrales », Paris III

Du Poitou-Charentes aux planches parisiennes

La sienne a pris place dans un patelin rythmé par sa vie de village, ses personnalités, ses commerçants, ses notables… Plus tard, ses études la mèneront à Paris où, sans grande conviction, elle suit une licence de Lettres modernes avant d’intégrer les Ateliers du Sudden (un cours d’art dramatique parisien fondé par Raymond Acquaviva), où elle se formera durant 4 ans. Sa pratique variée du théâtre la mènera à jouer du classique, du contemporain, mais aussi à conduire des ateliers destinés aux plus jeunes ainsi que des groupes de théâtre forum dans le milieu associatif.

Prise d’une soif d’apprentissage et d’une irrépressible envie d’enrichir sa démarche, Elise s’inscrit au Master « Etudes théâtrales » de Paris III. Elle orientera même son mémoire de Master 1 sur deux thématiques qui la questionnent depuis longtemps : la famille et l’enfance. «  Quels sont les enjeux théâtralement et humainement quand on écrit et rejoue sa propre famille ? », se demande-t-elle, sans dissimuler les craintes que cette réflexion induit.

Autofiction

Les tranches de vie mises en scène dans La banane américaine sont jouées et narrées par une petite fille qui nous fait découvrir son monde perçu par son regard de mioche, tantôt émerveillé, tantôt acerbe ou amusé avec toute la démesure et l’intensité du ressenti que l’on reconnaît chez les enfants.

Le pari relevé par ce spectacle est qu’il parvient à ramener tout un chacun à sa propre enfance. « Cette période paradoxalement, nous voit à la fois vulnérables et emplis d’un tel désir de vitalité. Elle nous structure et nous détermine en tant qu’adultes en puissance », analyse la comédienne.

Le parti pris de la perspective infantile offre par ailleurs certaines largesses quant à la mise en scène de certains sujets qui, dans le fond, n’ont rien de drôle. « Le but est qu’on puisse rire de tous les personnages », souligne Elise, en expliquant que « l’important est de laisser une liberté totale au spectateur. Libre à lui de rire ou non. Il ne s’agit pas de forcer une émotion ».

Un parcours piégé

D’après sa créatrice, ce seul en scène se doit d’éviter un certain nombre de travers. Tout d’abord, la confusion entre autobiographie et autofiction. Clairement, le vécu d’Elise sert de matière première au spectacle, donc, une part d’autobiographie existe, de facto. Néanmoins, elle reste au second plan. Quant à l’écueil du spectacle générationnel, il est évité dans la mesure où, même si certains souvenirs vont nécessairement résonner en certains spectateurs, le propos reste de montrer « ce qui est profondément joyeux ou douloureux dans l’enfance. Ca n’est pas une question de génération».
Au-delà de tout cela, La banane américaine a peu de risques de laisser froid. Ce retour aux sources désopilant, vous ramènera très probablement à l’enfant que vous étiez, ou vous fera rêver de celui que vous auriez voulu être et avec un peu de chance, vous questionnera sur l’adulte que vous êtes devenu.

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